NOËL
LE BLE DE
LA SAINTE BARBE.
Planter
le blé de la Sainte Barbe, 20 jours avant Noël, soit le jour de la Sainte-Barbara, reste une des traditions calendales les plus suivies en Provence. Cette tradition nous vient de l’époque romaine
et la légende indique que si la germination se fait bien et si le blé est vert, la prochaine moisson sera abondante. Mais d’où vient cette tradition ?
Sainte Barbe était la fille de Dioscore. Belle et jeune, elle était jadis très courtisée en Provence. Seulement, au grand dam de son père, elle préféra se consacrer à Dieu qu'aux hommes. Dioscore
la fit enfermer dans une tour uniquement éclairée par deux fenêtres, où elle réussit tout de même à recevoir un enseignement chrétien, et à se faire baptiser. Apprenant cela, son père la menaça
de son épée, mais elle réussit à s'enfuir et se réfugia dans le creux d'un rocher qui, selon la légende, s'entrouvrit pour lui donner asile. Mais elle fut dénoncée par un berger qui reçu comme
punition la transformation de son troupeau de moutons en sauterelles. Elle se retrouva alors emprisonnée et dû renoncer au christianisme et épouser un païen. Ne voulant pas renier Dieu, Barbe fut
victime de nombreuses tortures, et finalement, son père lui trancha la gorge avec ses propres mains. Dioscore fut alors frappé par la foudre, tel fut le châtiment céleste.
Afin de ne jamais oublier Sainte Barbe, les provençaux plantent du blé dans 3 coupelles, le jour de la Ste Barbe (transformée par l'église en 1969 en Sainte Barbara), le 4 décembre. C'est là le
début réel des fêtes calendales (de Noël) en Provence. Lors du gros souper, trois coupelles de blé sont disposées sur la table. Les trois coupelles représentent la trinité, que l'on retrouve
également parmi d'autres traditions provençales. La tradition veut que si le blé est bien germé le 25 décembre, la moisson suivante sera bonne. On dit également à cette occasion : Quand lou blad
vèn bèn, tout vèn bèn !
Si vous souhaitez faire pousser du blé, il faut faire germer du blé dans des coupelles couvertes de coton humide. Vous trouverez aisément des petits sachets de blé dans toutes les boulangeries au
profit d'œuvres humanitaire. Veillez tous les jours à humidifier le coton, sans noyer les graines. Un petit conseil tout de même : de nos jours, pour avoir du blé bien germé le jour de Noël, ne
le plantez plus le jour de la Ste Barbe, mais avec une semaine de décalage (dû aux températures élevées dans nos maisons actuelles)... sinon, le jour de Noël, votre blé aura trop grandit et
retombera sur lui-même, et vous serez alors obligé de le maintenir artificiellement avec de petits rubans !
LA CRECHE
ET LES SANTONS.
L'origine
de la crèche provençale vient paradoxalement d'Italie. En effet, dès le XIIème siècle, dans les églises italiennes, on représentait la scène de la Nativité avec des sculptures mobiles, non fixées
au sol. Traversant les Alpes, la crèche provençale a pris de plus en plus d'importance dans les célébrations de Noël pour devenir à ce jour la coutume le plus suivie des provençaux, et même par
les autres régions françaises. La crèche provençale, que l'on commence avant Noël, a donné la vie aux pastorales, représentations théâtrales de la Nativité.
La crèche, représentant la scène de la Nativité, est composée des personnages, appelés santons, qui composaient nos villages provençaux, il y a quelques siècles : le berger, le rémouleur, le
tambourinaïre, Lou Ravi et bien d'autres encore. L'origine du nom vient du provençal : santoun : petit saint. Voici en quelques mots la présentation des traditionnels santons provençaux :
Le nouveau né, Jésus : inspiré de la culture chrétienne, Jésus porte seulement un drap et a le buste nu.
Marie, la bienheureuse mère : représentée agenouillée, elle porte une tunique rose et un manteau bleu.
Joseph, le père : Vêtu de jaune avec un manteau marron.
L'âne : Représenté agenouillé et tournant le dos à l'enfant.
Le bœuf : Toujours représenté de même dimension que l'âne.
Les trois rois mages : n'apparaissent dans la crèche qu'à l'Épiphanie, ils viennent apporter leurs offrandes pour le nouvel enfant.
Lou Ravi : Coiffé d'un bonnet de nuit, c’est l’idiot du village. Les bras levés et avec un air de rompe figue, Lou Ravi est un des personnages phares de la crèche, qui donne son surnom aux gens
qui paraissent ahuri, ou venant de se réveiller.
Les bergers (pastres en provençal) : Vêtus de leurs manteaux et du chapeau de berger, ils sont représentés surveillant leur troupeau, appuyés sur un bâton. Un jeune berger se tient devant la
crèche tenant un agneau pour offrande à Jésus.
Le meunier : Tout de blanc vêtu, il est représenté sur un âne, portant un sac de farine, ou venant de se lever.
Lou Tambourinaire : Représenté jouant du tambour en marchant, le tambourinaire rythme le cortège.
Lou Boumian : Mat de peau, vêtu d'une cape, c'est le rôdeur en quête de mauvais coups.
L'aveugle et son fils : Guidé par son fils, l'aveugle avance au son du tambourinaire sans trop pouvoir pleurer son autres fils qu'il vient de perdre.
Pistachiet et Jiget : Portant des offrandes, notamment de la pompe à huile ainsi que de la morue, ces deux valets de ferme sont destinés à faire rire.
Les vieux : Ils sont au nombre de trois : le couple Jordan-Margarido, bras dessus bras dessous, sans cesse en querelles mutuelles. Représenté lui en jaquette, gilet brodé et lanterne à la main
Margarido est coiffée de dentelle et porte un châle fleuri ainsi un panier d'osier au bras. Tous deux sont escortés de l’ami Roustido, dont la tenue recherchée témoigne de la position sociale
d'ancien notaire dans le village. Souvent muni d’un grand parapluie rouge.
Le pêcheur : Représenté assis, canne à pêche à la main.
Et bien d'autres métiers représentés il y a quelques siècles...
CACHO-FIO.
Dans les
chaumières provençales, une des plus vieilles traditions était le cacho-fio. Nos aïeuls disant même : bouta cacho-fio, soit bouter le feu à la bûche. Cette cérémonie a lieu juste avant le Gros
Souper.
Lors de cette cérémonie, le plus âgé emmène le caganis ,le plus jeune, choisir, dans la réserve de bois, la plus grosse bûche, celle qui est susceptible de se consumer la plus grande partie de la
nuit possible. Cette bûche se doit d'être, traditionnellement, issue d'arbre fruitier telle qu'une bûche d'olivier, de cerisier, d'amandier...
Toute l'assemblée doit alors faire trois fois (symbole de la Trinité) le tour de la table. Le plus jeune arrose de vin la bûche à l'aide d'un rameau trempé dans un verre de vin tandis que l'aïeul
prononce les paroles de bénédiction, en provençal :
Alegre ! Diou nous alegre !
Cacho-fio ven, tout ben ven
Diou nous fague la graci de veire l'an que ven
Se sian pas mai, siguen pas men !
Qui se traduit par : Réjouissons-nous ! Que Dieu nous donner réjouisse ! Avec le cacho-fio, tout va bien, que Dieu nous fasse grâce de voir l'année qui vient, et que si l'on est pas plus, que
l'on soit pas moins.
Autrefois, on tirait présage de la façon dont la bûche s'enflammait. Elle devait durer jusqu'au jour des Rois, jour de l'épiphanie. Le fait de déposé ensuite un fragment de bûche sous le lit
devait protéger la maison contre le tonnerre et les incendies.
LE GROS
SOUPER.
Après
le Cacho-fio et avant la messe de minuit, les convives se rassemblent autour de la table, afin de prendre le Gros Souper. La table est dressée sur 3 nappes blanches, mises les unes sur les
autres, rappelant la Sainte Trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit. Trois grosses bougies éclairent la table symbolisant les 3 temps (Passé en souvenir de nos proches décédés, Présent en
témoignage de fidélité aux amis et parents, et Futur dans l'espérance des enfants à naître). On dispose aussi 3 écuelles de Blé de la Ste Barbe qui rappelle de nouveau la Sainte Trinité.
Le Gros Souper est le repas précédant la messe de minuit, composé de 7 plats maigres en souvenir des 7 douleurs de la Vierge Marie. Ces plats maigres sont généralement composés de légumes, et
d'autres denrées que l'on possédait sur place. On note ainsi qu'il y avait une certaine disparité des plats selon les régions. Cependant, il y a quelques légumes traditionnels : cardons, céleris,
artichauts... accompagnés d'une anchoïade. Le gros souper comprenait aussi un autre plat maigre, le poisson. Voici un exemple de gros souper : soupe aux choux - céleri à l'anchoïade - escargots -
soupe de légumes - gratin de morue aux épinards - cardons. Le repas se termine par les treize desserts, pris au retour de la messe de minuit.
Selon la tradition, tous les plats doivent être disposés sur la table au début du repas, y compris les desserts. Une autre coutume consiste à sortir un couvert supplémentaire, au cas où une
personne devait arriver, "la place du pauvre".
LES 13
DESSERTS.
Des
plus anciennes traditions provençales, la présentation des treize desserts est certainement celle qui, aujourd'hui, est la plus célébrée. Ces desserts sont donc au nombre de 13, comme le nombre
de convives lors de la Cène (repas que prit Jésus avec les 12 apôtres), ils sont servis après la messe de minuit. Les treize desserts varient en fonction des régions en Provence.
Composition des treize desserts :
Tout d'abord, la pompe à huile, véritable tradition provençale, qu'il faut présenter rompue, comme Jésus le fit avec le pain, et non coupée au couteau. Autour de la pompe à huile, la
représentation des ordres religieux : les 4 mendiants : leur couleur sombre rappelant celle des robes des ordres des mendiants : les noix ou noisettes représentent l'ordre des Augustins, les
amandes celui des Carmélites, les figues sèches, celui des Franciscains et enfin les raisins secs symbolisent l'ordre des Dominicains. Le nougat noir et le nougat blanc représentent les
pénitents. Viennent ensuite les dattes, figues séchées et autres fruits d'extrême orient, rappelant l'origine des rois mages. Enfin, des fruits de saison, pommes, poires, oranges, clémentines,
pâte de coing...
Les treize desserts sont accompagnés de vin cuit est resteront 3 jours sur la table.
LE
PASTRAGE.
Dans
la nuit du 24 au 25 décembre, les chrétiens célèbrent la naissance de l'enfant Jésus, à minuit. Cette célébration est particulière parce qu'elle se déroule en trois messes : messe de minuit,
messe de l'aurore et messe de jour. Le pastrage est célébré par les provençaux et les italiens lors de la première messe. Cette coutume pastorale est très ancienne, le solstice d'hiver
correspondant à la période de l'agnelage.
Lou bayle, patron des pastres, revêtu de sa cape de bure, d'un chapeau enrubanné et tenant son bâton de pèlerin est accompagné des autres bergers dont un petit pâtre tenant le dernier agneau né.
Ce petit agneau est accompagné par la brebis qui la mit au monde, celle-ci tirant une charrette chargés de présents. La procession avançait alors éclairée de faibles lumières traversant collines
et montagnes. Tous les pastres se rendent alors en procession jusqu'à l'autel, au son des tambourins et galoubets. Devant l'autel, Lou Bayle saisit le petit l'agneau dans ses bras pour l'offrir
au prêtre et, au moment de l'offrande, tous viennent alors adorer l'enfant Jésus et remettre leurs offrandes, rappelant les bergers de la crèche offrant leurs agneaux à l'enfant Jésus lors de sa
naissance.
Cette coutume à aujourd'hui tendance à disparaître même si, entre autres, quelques villages du pays Mistralien maintiennent cette tradition lors de la messe de minuit.
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En
Provence, la messe de minuit de Noël est un des seuls moments de l'année ou les églises sont pleines. Les chants résonnent dans les églises et la joie et l'envie d'être ensemble et en famille
prennent le dessus sur la température et le sommeil. Les yeux des enfants brillent de mille feux devant cette magnifique messe. En réalité, la messe de minuit comporte trois messes. La première à
lieu à minuit, et rend hommage à la génération éternelle de Jésus. La seconde souligne son incarnation et la dernière sa naissance dans le cœur des hommes.
La messe de minuit commence par la cérémonie du pastrage, durant laquelle les bergers mènent une procession jusqu'à l'église. Cette cérémonie se doit de rappeler les bergers apportant dans la
crèche à l'enfant Jésus leurs plus beaux agneaux. Quelquefois, des pastorales sont jouées durant la messe de minuit bien que de nos jours, ces pastorales se jouent le plus souvent durant les
semaines suivant Noël.
LA
PASTORALE.
La
pastorale est une représentation théâtrale de la célébration de la Nativité qui évoque la procession des pastres (d'où l'origine des pastorales) vers l'étable où venait de naître l'enfant Jésus.
Autrefois jouées pendant, puis avant la messe de minuit, les pastorales sont aujourd'hui jouées après la messe de minuit, dans les semaines qui suivent. Les pastorales sont jouées en langue
provençale commune. On retrouve aussi un langage araméen, c'est à dire un parler par image où les symboles sont très présent, aidant le spectateur ne comprenant pas le provençal.
L'histoire en est la suivante. Les pastres, faisant paître leurs troupeaux dans les vergers, sont avertis de la naissance de Jésus et se rendent à l'étable pour le couvrir d'offrandes. Sur leur
route, les pastres réveillent tout le village et sont accompagnés par tous. Au son du tambourin et du galoubet, tout le village se met en route, chacun prenant des offrandes pour le nouveau né.
On y retrouve là les principaux personnages qui sont dans nos crèches : tambourinaire, meunier, pêcheur, rémouleur, les boumians (bohémiens)...
En 1844, le 26 décembre, Antoine Maurel écrit : "La Pastorale ou le mystère de Notre Seigneur Jésus Christ" à la demande de l'abbé Julien. La pièce s'inspire des livrets des crèches parlantes et
des saynètes de Noël, racontant de manière humoristique la Nativité. Le succès est si vif, que le spectacle ne tardera pas à être joué sur toutes les scènes marseillaises et provençales. Suivront
dans son sillage, d'autres pastorales, la plupart en langue provençale.
Le Vin cuit
Pour accompagner la
"Pompe" de Noël ou pour "tirer les Rois", on boit en Provence le "vin cuit", vieille boisson dont la recette est citée par l'écrivain latin Martial
:
"Cocta fumis musta Massilitanis...".
On en trouve
d'excellent dans le commerce et principalement le fameux vin cuit de Palette (près d'Aix) ou bien le vin cuit du Mas Bleu à Gignac. Tous ceux qui récoltent eux-mêmes en font d'après la recette
suivante :
On prend du moût de
raisin, c'est-à-dire du jus de raisin pressés et non encore fermenté. On le met à cuire dans un bassin (en cuivre de préférence) en l'écumant jusqu'à ce qu'il soit réduit d'un tiers. On le laisse
refroidir et on le met ensuite à décanter puis on le passe au papier filtre. Lorsqu'il ne donne plus de signe de dépôt ou de fermentation, on le met en
bouteilles.
On peut y ajouter une fois refroidi un verre de marc ou d'eau-de-vie par litre. Le vin est ainsi rendu plus capiteux.
LA MESSE DE MINUIT
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